Jacques Leveugle : 89 victimes mineures sur cinq continents 



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Jacques LEVEUGLE – à gauche 1980- à droite 1996/2000



Jacques Leveugle est né en 1946 à Annecy.

Tout commence en 2022, lorsque le neveu de Jacques Leveugle commence à nourrir des doutes sur les penchants de son oncle. Décidé à en avoir le cœur net, il effectue des recherches dans la chambre de ce dernier et y découvre une clé USB. Sur ce support numérique il découvre les mémoires de son oncle, de 1967 à 2022 période où il écrit sur ses crimes. Il s’agit de 5 clé USB qui contiennent un ensemble de documents d’une densité troublante : « beaucoup de documents et photographies, surtout des écrits », selon les termes du procureur.

À la lecture de ces carnets, un portrait glaçant se dessine. Jacques Leveugle s’y décrit lui-même comme un « gentleman boy lover », une formulation qui résume à elle seule la manière dont il percevait et rationalisait ses crimes. Il y affirme qu’il « participait à l’éveil intellectuel et sexuel de ses victimes » . Une justification qui traduit une absence totale de conscience de la gravité de ses actes et une incapacité à reconnaître la réalité du préjudice causé. Il justifie ses crimes en théorisant son attirance pour les jeunes garçons, construisant dans ses écrits un système de pensée destiné à légitimer l’inadmissible. Nous avons observer les mêmes dichotomies quand nous avons fait la vigie sur le forum pédo « La Garçonnière ».

Ces journaux intimes, répartis en quinze volumes, présentent de frappantes similitudes avec l’affaire Le Scouarnec, un autre dossier judiciaire hors norme dans lequel ce chirurgien avait lui aussi consigné par écrit, de manière méticuleuse et sur plusieurs décennies, le détail de ses crimes pédocriminels et le noms de ses victimes révélant ainsi la même logique d’auto-documentation que l’on retrouve chez Jacques Leveugle.



Chronologie des pays où a sévi Jacques Leveugle

Voici le détail par pays, avec les dates connues :

France — à partir de 1967
C’est en France que débutent ses premiers crimes documentés, dès 1967, alors qu’il a 21 ans. Il réside notamment à Vizille (Isère), où il sera domicilié au moment de son arrestation, et à Maisons-Laffitte (Yvelines), où il tue sa mère en 1974.

Algérie — années 1960-1970 (dates précises non confirmées)
Il a enseigné sans qualification en Algérie, probablement dans les années 1960-1970, au début de sa carrière de prédateur itinérant.

Allemagne — années 1970 (dates précises non confirmées)
Il a encadré des camps de jeunesse avec des activités sportives et des séjours d’enfants en Allemagne. Ces séjours lui permettaient d’accéder à des groupes de mineurs dans un cadre éducatif et sportif. 

Colombie — années 1970-1980 (dates précises non confirmées)
Il a occupé un poste d’éducateur à Bogota, en Colombie. C’est l’une des rares mentions géographiques précises issues de l’enquête.

Nouvelle-Calédonie — 1983 à 1985
C’est le séjour le mieux documenté publiquement. Sa présence sur le territoire durant les années 1980 conduit désormais les enquêteurs à rechercher d’éventuelles victimes locales. Né en 1946, il avait donc entre 37 et 39 ans au moment de son séjour en Nouvelle-Calédonie, entre 1983 et 1985. 

Maroc — années 1990-2000 et jusqu’en 2022
Jacques Leveugle vivait au Maroc au moment de son arrestation, et y avait résidé de longues périodes, notamment en 2007, où il vit dans la ville de Khénifra. Le Maroc semble être son pays de résidence principal durant les dernières décennies de ses crimes, jusqu’en 2022.

Niger, Philippines, Inde — (dates non communiquées)
Ces trois pays sont mentionnés dans ses mémoires et confirmés par le parquet de Grenoble, mais aucune date précise de séjour n’a été rendue publique à ce jour. Ces informations restent dans le cadre confidentiel de l’instruction judiciaire.

Suisse — (dates non communiquées)
La Suisse figure dans la liste des pays concernés, notamment pour le meurtre de sa tante en 1992.



Son modus operandi :

Jacques Leveugle est décrit comme un intellectuel qui n’a jamais été au bout de ses projets. Il a suivi une prépa de lettres sans la terminer, souhaitait devenir professeur sans jamais en obtenir le titre, et a passé des formations d’éducateur spécialisé et d’infirmier sans décrocher de diplôme. Son parcours criminel débute en 1967 il a 21 ans et part enseigner le français en Algérie.

Jacques Leveugle opère en grooming (séduire) pour rentrer dans les famille. Jacques Leveugle ciblait exclusivement des adolescents de sexe masculin, âgés de 13 à 17 ans. Il les rencontrait systématiquement dans les cadres éducatifs, sportifs ou associatifs qu’il investissait. Il se déplaçait dans différents pays et dans chacun des endroits où il s’installait pour donner des cours particuliers et enseigner, il rencontrait des jeunes et entretenait des relations sexuelles avec eux. Ses fonctions d’éducateur, de moniteur de spéléologie, de professeur de français et d’encadrant sportif lui assuraient un accès légitime, rassurant et répété à des mineurs, dans un cadre de confiance institutionnelle. Il était perçu comme « cultivé et charismatique« , il prenait ces jeunes sous son aile et procédait par « séduction intellectuelle du mineur« . Il se voyait, selon ses propres écrits, comme « un Grec antique formant de jeunes éphèbes ». Une vision qui lui permettait de se construire une image de mentor bienveillant aux yeux de ses victimes et de leur entourage.

Au Maroc notamment, il s’était installé dans une petite ville du centre du pays, s’entourait d’enfants, donnait des cours particuliers gratuits de langues (en français et en anglais) et avait installé chez lui une bibliothèque ouverte aux enfants du quartier. Cette générosité apparente lui permettait de se construire une réputation irréprochable et d’être perçu comme un bienfaiteur par les familles.

Jacques Leveugle a séjourné durant son parcours dans de nombreux pays et en Nouvelle-Calédonie, exerçant au sein d’associations ou d’établissements scolaires en tant qu’éducateur, moniteur de spéléologie, professeur de français. Il a encadré beaucoup de camps de jeunesse dans des activités sportives, de canyoning, de spéléologie. Il a encadré des camps de jeunes délinquants en Allemagne. La région des Cévennes, particulièrement propice à la spéléologie et au canyoning, semble avoir été un territoire central dans son parcours criminel en France, c’est d’ailleurs là qu’il souhaitait retourner vivre lorsqu’il a tué sa tante en Suisse en 1992.

Dans ce cadre, afin d’identifier des victimes que l’auteur n’aurait pas mentionnées, mais aussi d’éclairer les zones d’ombre subsistant dans le parcours du suspect, la Section de recherches de Grenoble ainsi que le Groupement de gendarmerie départementale de l’Isère lancent un appel à témoins.



Les autres crimes :

Au-delà de l’ampleur vertigineuse de ses crimes pédocriminels, Jacques Leveugle a également confessé, dans ses mémoires consignées sur ses clés USB, deux meurtres commis au sein de sa propre famille, à plusieurs décennies d’intervalle.

Le premier remonte à 1974. Sa mère, gravement malade, lutte alors contre un cancer à Maisons-Laffitte, dans les Yvelines. Jacques Leveugle dit avoir voulu mettre fin à ses souffrances. Il l’étouffe avec un coussin. Un acte prémédité qui ne sera révélé que cinquante ans plus tard, à la lecture de ses écrits autobiographiques.

Le second meurtre survient en 1992, cette fois en Suisse. Sa tante, âgée de 92 ans, refuse de le laisser repartir vivre dans les Cévennes, une contrariété que Jacques Leveugle ne supporte pas. Il utilise le même mode opératoire que dix-huit ans plus tôt : un coussin, le même geste, la même froideur. Deux meurtres à dix-huit ans d’écart, commis selon le même procédé, sur des femmes âgées et vulnérables de sa propre famille. La banalité du mobile dans ce second cas, une simple mésentente sur un projet de vie, rend le crime d’autant plus glaçant.

Jacques Leveugle justifie ces deux actes par une volonté d' »abréger les souffrances », une formulation qu’il emploie pour les deux victimes, y compris pour sa tante dont il est difficile d’établir en quoi son refus constituait une souffrance à abréger plutôt qu’un désaccord à respecter. Ces révélations font l’objet d’une enquête criminelle distincte, parallèle à l’instruction principale portant sur les 89 victimes mineures. Jacques Leveugle n’est cependant pas encore formellement mis en examen pour ces deux décès.



Jacques Leveugle — Chronologie des pays et activités

Région / PaysPériodeActivités exercées
France (Isère, Gard)1967 – 2024Éducateur, séjours en camps de vacances (Cévennes), résidence à Vizille (Isère)
Algérie / NigerÀ partir de 1967 (années 1960-1970)Coopération, enseignement sans qualification
AllemagneAnnées 1970Encadrement de jeunes, camps de jeunesse
Colombie (Bogota)Années 1970-1980Poste d’éducateur
Nouvelle-Calédonie1983 – 1985Enseignement et soutien scolaire
SuisseDiverses périodes — 1992 documentéEncadrement de jeunes — meurtre de sa tante en 1992
Philippines / IndeItinérance — dates non communiquéesSoutien scolaire, missions éducatives
MarocAnnées 1990 – 2024Soutien scolaire, résidence principale avant arrestation




 

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