Heinz Arbenz : La clémence de la justice suisse



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La justice Suisse a prononcé à l’encontre de Heinz Arbenz une simple amende et une peine avec sursis pour sa participation très active dans un réseau de production et de diffusion d’images pédopornographiques, malgré les conversations WhatsApp, les virements financiers, les vidéos d’abus retrouvées sur son téléphone.



Le trafic sexuel de mineurs aux Philippines : Les origines

Dans les années 70, la gigantesque base navale américaine de Subic Bay est située à côté de Olongapo. La ville possédait une importante industrie de bars et de « divertissements » destinée notamment aux militaires américains. Dans ce contexte existait également un système d’exploitation sexuelle de femmes et de mineurs philippins.

Cette base américaine dont les effectifs ont atteint 4300 hommes durant la guerre du Vietnam. «La ville entière était devenue un bordel géant, avec de nombreuses jeunes filles mineures victimes de ce trafic», se remémore Shay Cullen, un prêtre irlandais en mission dans le pays. Il est le fondateur et le président de la Fondation Preda depuis 1975.

En 1982, une sœur catholique appelle le Pasteur Cullen : elle a ouï dire que 18 enfants atteints de VIH ont été enfermés dans l’hôpital, à l’abri des regards. Il recueille leurs témoignages et publie un article qui fait sensation. Depuis sa paroisse à Olongapo, le père Cullen se lance dans une campagne pour obtenir la fermeture de la base militaire.


Les Philippines sont l’épicentre mondial du livestream pédocriminel. Les adresses IP philippines liées aux abus ont augmenté de 250 % entre 2014 et 2017. En 2022, 1 enfant sur 100 a été victime d’exploitation sexuelle en ligne. L’âge médian des victimes est de 11 ans, avec des cas dès quelques mois. 83 % des trafiquants sont des membres de la famille.

Les clients occidentaux commandent et financent les abus depuis leur domicile. Les États-Unis, l’Australie, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Suisse et les Pays-Bas sont les pays d’origine les plus représentés. Le Covid a fait tripler le livestream pédocriminel faisant des Philippines le pays le plus touché au monde par ce phénomène.

Les opérations en 2024 : 148 opérations policières, 64 suspects arrêtés, 227 enfants secourus.




L’ AFFAIRE


Cette affaire concerne des jeunes enfants de Manille et leur prédateur, à 11 000 kilomètres de là, au village d’Oftringen dans le canton d’Argovie, une municipalité de 11 000 habitants : Heinz Arbenz. Heinz Arbenz est un récidiviste car il avait été condamné à deux reprises en Suisse, en 2017 et en 2021, pour possession et diffusion de matériel pédopornographique.

En 2024, le Parquet du canton d’Argovie a ouvert une troisième procédure pénale à son encontre pour de nouvelles accusations de possession et diffusion de matériel pédopornographique. Alors que cette procédure était encore en cours, il a pris la fuite et quitté la Suisse

Le 29 septembre 2025, alors âgé de 66 ans, il a été arrêté à l’aéroport international Ninoy Aquino par les agents de l’immigration alors qu’il tentait de partir pour Bangkok, après une séjour de trois semaines aux Philippines. Après son arrestation, il a été incarcéré dans une cellule de prison au centre de détention du service de l’immigration philippin à Bicutan, qui fait partie de la région métropolitaine de la capitale Manille. Heinz Arbenz a pris contact avec Blick par e-mail, avant de répondre à quelques questions et de transmettre des photos depuis sa cellule. Il raconte qu’avant son arrestation, il voyageait à travers l’Asie. Au Cambodge, il y a rencontré une femme de 33 ans avec laquelle il s’est fiancé, avant de poursuivre son périple. Il a finalement été arrêté alors qu’il s’apprêtait à prendre un vol pour la rejoindre à Bangkok.

Sans blague, Heinz Arbenz crie au complot ! ! Avec la suite de cet article, avec le récit des victimes, vous allez pouvoir constater les éléments de preuves.


La complicité des tuteurs

*Les prénoms ont été modifiés.

Les victimes n’avaient aucune échappatoir. Lani, née en 2011 aux Philippines d’une mère adolescente et d’un père inconnu, a été recueillie par Maricel, 59 ans, dans une bourgade semi-rurale au nord de Manille. Elle grandit dans un foyer recomposé avec trois autres enfants (Jemarr (8 ans), Jacinto (6 ans) et Buwan (14 ans) ) ainsi que leurs parents et deux tantes transgenres. C’est une enfant ordinaire qui aime se baigner dans la rivière, regarder TikTok et jouer avec ses cousins. Ce portrait de vie simple et insouciante rend d’autant plus frappant le contraste avec les abus dont ces enfants ont été victimes.

Jemarr et Buwan ont rejoint le foyer de Maricel à l’été 2020 après que leur père a perdu son emploi. Dans cette maison surpeuplée, aucun adulte ne travaille : chômage, pandémie et confinements de 20 mois ont asséché toutes les sources de revenus. Les enfants, privés d’école, vivent dans des conditions très difficiles; toit cassé, sol de ciment, promiscuité extrême. La famille, déjà fragilisée par un passé marqué par le trafic de drogue et la violence, était connue négativement dans le quartier. C’est dans ce contexte de grande vulnérabilité économique et sociale, aggravé par la pandémie, que les abus ont pu être organisés.

À partir de l’automne 2020, des membres de la famille de Lani, ses tantes Ericka et Gella Tin ainsi que Tita Che, ont commencé à l’exploiter sexuellement en ligne. Recrutée alors qu’elle jouait près de la rivière, la fillette a été contrainte de se soumettre devant une webcam à des demandes d’hommes étrangers, dont les instructions étaient relayées par ses proches. Malgré ses refus et ses crises, elle était menacée de violences si elle n’obéissait pas. Au fil du temps, le cercle des adultes impliqués s’est élargi, les appels se multipliant à toutes heures. Ce témoignage illustre de manière glaçante comment des membres de la famille immédiate peuvent devenir les bourreaux d’un enfant, instrumentalisés par des prédateurs étrangers opérant depuis leur ordinateur.

Selon le rapport de la police philippine, Lani, Jemarr et Jacinto ont subi des violences sexuelles graves commises par plusieurs adultes de leur entourage familial immédiat. Les enfants étaient filmés à leur insu ou contraints de participer à des « spectacles » diffusés en direct via des applications comme Facebook Messenger, WhatsApp et LivU. Ces sessions étaient monnayées entre 27 et 75 francs suisses selon leur durée et leur contenu. Les actes commis sur les enfants étaient dictés en direct par des clients étrangers, relayés par les adultes présents. Lani subissait également des attouchements de la part d’un adulte masculin de la maisonnée en dehors des sessions filmées.

Les paiements des clients étrangers transitaient par le compte PayPal d’Ericka et Gella Tin. Entre octobre 2020 et juillet 2021, ce compte a reçu l’équivalent de 2 880 francs suisses, soit près d’un an de salaire aux Philippines, versés par différents clients. Des cadeaux virtuels convertibles en argent complétaient ces revenus via la plateforme LivU.

Après chaque session, les adultes impliqués priaient et présentaient des excuses aux enfants, justifiant leurs actes par la pauvreté de la famille.

Parmi les clients les plus réguliers figure,Heinz Arbenz, le Suisse de 57 ans d’Oftringen, qui opérait sous le pseudonyme « Juvata » en ligne, tout en demandant aux enfants de l’appeler « Daddy Dave« . Ses premiers contacts avec la famille remontent à l’automne 2020 via LivU, prolongés ensuite sur WhatsApp avec les adultes de la maisonnée. Ce détail du surnom « Daddy Dave » est particulièrement révélateur du processus de grooming à distance, une tentative de créer un lien affectif fictif avec les enfants victimes, depuis un ordinateur en Suisse.

En novembre 2020, puis en janvier 2021, Ericka et Gella Tin négocient à leur tour avec l’homme suisse pour la virginité de Lani. Elles lui demandent 5000 pesos (68 francs suisse) pour sept vidéos. Il finira par en obtenir au moins douze, où l’on voit les parties génitales de Lani en gros plan, manipulées par Tita Che. On voit aussi la fillette uriner, puis nue sous la douche.



Le démentèlement :

C’est une dispute interne qui a conduit au démantèlement du réseau. En juin 2021, le mari de Tita Che, qui vivait à Bulacan, au nord de Manille, suite à une querelle financière, avait dénoncé l’ensemble de leur réseau de production et de diffusion d’images pédopornographiques à la police philippine, révélant également l’identité d’Heinz Arbenz, et d’un autre client britannique.

La police argovienne est venue au domicile de Heinz Arbenz le 1er septembre 2021. Elle avait été alertée par les autorités philippines le 21 juin 2021, par l’entremise de Fedpol. Lors de leur descente, les policiers helvétiques ont découvert 21 vidéos, une photo pédopornographique et 9 photos zoophiles sur ses ordinateurs et ses téléphones.

Le 24 novembre 2021, les forces de l’ordre interviennent au domicile de Maricel afin de libérer les enfants et d’arrêter les protagonistes du réseau. Les quatre enfants, terrorisés par l’irruption armée, sont séparés de leur famille et placés dans un refuge. Tita Che et son mari sont arrêtés, tandis qu’Ericka et Gella Tin prennent la fuite.

Après plusieurs étapes de prise en charge, les enfants sont accueillis par l’organisation Preda, spécialisée dans l’accompagnement des victimes d’abus sexuels, où trois d’entre eux résident encore aujourd’hui. Ils ont témoigné à plusieurs reprises devant la justice philippine contre leurs agresseurs, qui risquent au minimum 15 ans de prison.

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Un mot sur cette association :

La Fondation Preda a été créée en 1974 à Olongapo pour venir en aide aux adolescents arrêtés et emprisonnés, soupçonnés de consommation et de possession de stupéfiants. À cette époque, sous la loi martiale, les exécutions extrajudiciaires de consommateurs et de trafiquants de drogue étaient monnaie courante. De nombreux adolescents ont ainsi perdu la vie. Pour mettre fin à ces violences, une initiative internationale, le Plan Colombo, a promulgué une nouvelle loi aux Philippines. Celle-ci permettait aux jeunes arrêtés et accusés d’être placés dans un centre de réhabilitation pour se rétablir et se reconstruire. Une fois leur réhabilitation terminée, les charges retenues contre eux pouvaient être abandonnées et ils pouvaient mener une vie normale.







 

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